• Tout est déjà accompli

     

    Octobre 2016. 

    Réveillée au milieu de la nuit par une révélation. La prise de conscience est si intense qu'elle me tire du sommeil : Tout est déjà écrit ! L'univers entier est déjà accompli, de toute éternité. Pas de début, pas de fin, toute la manifestation est comme un bloc unique indissociable ET infini. A la fois accomplie et infinie. Impossible pour le mental de modéliser cela. Mais je me sens en état de choc et ne me rendors pas avant l'aube.

    Je parviens à peu près à comprendre que la conscience, d'une certaine manière, semble comme se promener dans sa création, ce qui donne une sensation de temporalité. Nous faisons toutes les expériences possibles, indéfiniment. En cet instant, en tant qu'âme, j'expérimente un être humain et une époque, et quand j'arriverai à la fin de ce film, j'entrerai dans un autre, n'importe où dans l'espace-temps. Ce peut être dans ce qui semble être le futur (une "nouvelle" vie) ou le passé (une vie "antérieure"), ou encore dans l'une de mes dimensions parallèles, mais aussi dans le présent de cette vie depuis un autre point de focus, comme par exemple mon compagnon, mon enfant, mon chat, ou le faucheux qui tisse paisiblement sa toile au-dessus de ma tête... Cette vision me donne le vertige et je me sens comme soufflée par une explosion, plaquée au mur du déterminisme : chaque être, chaque geste, chaque pensée, émotion ou événement, existe déjà, avant même que nous en soyons conscients. Tous les mondes et toutes les dimensions possibles, co-existent. L'âme, l'observateur, est comme un véhicule de la conscience absolue pour créer l'apparence d'un espace-temps et s'auto-expérimenter de manière fragmentaire.

    Le matin, pendant le petit déjeuner, j'expose cette révélation à mon compagnon. Je tente de mettre des mots sur ce qui reste inconcevable pour mon mental et à cette fin je fouille dans ma mémoire pour retrouver une citation de Ramana Maharshi qui parle du déterminisme. A cet instant précis, je reçois un sms d'une amie avec laquelle j'échange autour de la spiritualité de manière ponctuelle depuis quelques années. Cela fait plusieurs mois que nous ne nous sommes pas parlé, et voilà qu'elle m'envoie, sans même y mettre les formes, un texto uniquement constitué précisément de la citation que je suis en train de chercher :

    « Ce qui doit arriver arrivera, quels que soient les efforts que nous fassions pour l'éviter. Ce qui ne doit pas arriver n'arrivera pas, quels que soient les efforts que nous fassions pour que cela se produise. » Ramana Maharshi

    Je reste stupéfaite, le téléphone à la main ! La confirmation est fulgurante !

    Curieusement, passé l'état de choc, un sentiment intense de liberté s'installe. Si tout est déjà accompli, si je ne fais que regarder un film défiler et le vivre en 3D, tout les poids que constituent l'impression d'être auteur des actes se dissolvent, à nouveau... A nouveau s'installe l'évidence que cette impression est à prendre avec une grande légèreté, qu'elle ne sert qu'à donner au jeu, au voyage apparent de la conscience dans sa création, une consistance, une semblance de réalité. Mais quand cette manœuvre se démasque d'elle-même, il ne reste plus qu'à se laisser être vécu par la vie, tout en continuant à en jouer le jeu, assis confortablement dans le fauteuil de l'êtreté.

     

     

    « Nous n'aimons que l'amourLe créateur et la créature ne sont pas séparés »