• Percevoir l'ultime

    Percevoir l’ultime

     

    Annick : Dans La joie d'être, tu parles de « percevoir l’ultime ». Qu’est-ce que cela signifie ? Qu’est-ce que l’ultime, et que signifie le percevoir ?

    Suyin : L’ultime c’est la conscience pure, qui n’a pas encore d’identification, de définition, qui n’est pas manifestée. C’est la source de l’univers. C’est ce qu’il y a avant la matière. Avant la matière, il y a un océan d’énergie conscient. Cet océan d’énergie n’est pas personnifié, identifié, définissable. On ne peut même pas en parler vraiment parce qu’il n’y a pas de concepts à ce niveau-là. Mais quand on le perçoit, parce qu’on peut quand même en avoir une perception, on ressent quelque chose d’extrêmement paisible et neutre. Une grande paix. Et en même temps c’est bouillonnant d’énergie. C’est une paix vibrante.
    Ce qu’on peut observer, c’est que les perceptions sensorielles sont intenses pour l’attention. Il y a un bruit, hop, je tourne la tête dans sa direction. Les objets, que ce soient des objets extérieurs ou des pensées, accaparent l’attention et la focalisent dessus. Mais on peut parvenir par la méditation à ce que l’attention ne soit plus dissipée, accaparée par les objets, et qu’elle se retourne vers la source de tout cela. On s’aperçoit alors que c’est quelque chose de tellement paisible, tellement calme et neutre que cela n’attire pas l’attention, ce qui explique que l’on ne se rend pas compte de sa présence, qui pourtant est toujours là puisque c’est la source de tout.

    Annick  : Cela échappe à mon entendement.

    Suyin  : Bien sûr, car cela ne peut pas être appréhendé par l’intellect. Mais si tu veux découvrir ce que c’est, je peux te proposer un exercice de méditation pour le percevoir.

    Annick   : Ok je veux bien essayer.

    Suyin  : Alors ferme tes yeux et mets ton attention sur le chant des oiseaux. Prends le temps de les écouter, mets toute ton attention là-dessus…
    Puis, à présent, mets ton attention sur ce qui perçoit le chant des oiseaux, sur le fait de percevoir. Est-ce que tu es consciente du chant des oiseaux ?

    Annick  : Oui

    Suyin  : Alors tourne simplement ton attention vers cela, vers ce qui est conscient du chant des oiseaux…
    Peux-tu sentir que cela, ce qui est conscient, est paisible, calme, neutre ?…

    Annick  : Oui, c’est très paisible. Ça relaxe.

    Suyin  : Ce qui est conscient constate simplement, sans jugement, sans préférence… Cela ne dit pas « c’est bien » ou « c’est bien pas bien ». C’est très neutre. Est-ce que tu le sens ça ?

    Annick  : Oui

    Suyin  :Voilà, ça c’est le retournement de la conscience sur elle-même. Sur ce qui est conscient en nous de tout ce qu’on vit. C’est ça la conscience, c’est tout simple. Ce n’est pas séparé de nous, loin là-haut ou autre… C’est ce que l’on vit en permanence. Nous sommes en permanence un espace de conscience qui perçoit des tas de choses. Et faire grandir la perception de l’ultime, c’est retourner son attention vers ça, vers ce qui est conscient, et qui est notre nature première, originelle. Tout le reste vient se rajouter par-dessus dans notre perception.
    Et ce n’est pas personnel. Tu vois, tu ne peux pas dire que ce qui est conscient, c’est quelqu’un. C’est plutôt comme un espace. Et c’est commun à tous. Ce qui perçoit « en toi » et ce qui perçoit « en moi », c’est la même chose. Et tu peux pousser l’observation et regarder si cela a un début et une fin. Si tu regardes bien tu peux voir que ça a toujours été là. Quand tu avais 5 ans, 10 ans, 30 ans, c’était la même chose qui percevait.
    Ça ne nous paraît pas simple parce que nous ne sommes pas du tout habitués à regarder de ce côté-là, on regarde toujours vers les objets. Et les pratiques spirituelles visent à ramener vers ça.

    Annick  : A se ramener vers soi…

    Suyin   : Exactement. Vers ce qui est notre vrai soi. Qui accueille tout, ne juge rien et n’est affecté (au sens dérangé) par rien.