• Il n'y a personne

    Il n’y a personne


    Sébastien : Dans la phrase : "l'éveil, c'est réaliser qu'il n'y a personne, que le moi que je crois être n'existe pas"
    Ce "il n'y a personne", est-il possible, peut-on le comprendre avant l'éveil ?

    Suyin : Oui il est possible de voir l'illusion du moi par une investigation.
    Cette investigation repose sur une observation directe de la façon dont fonctionne l'idée d'un moi.
    Se poser la question : si ce moi existe, où se trouve-t-il ? Peut-on le localiser quelque part ?
    Autres questions fondamentales : suis-je l'auteur de mes pensées ? Comment les choix se font-ils dans ma vie ? Est-ce que je décide ce que je pense, ou est-ce que les pensées échappent à ma volonté, à mon contrôle ? Y a-t-il un "je" qui contrôle, agit, fait des choix, décide de ressentir telle sensation ou telle émotion, ou d'aimer telle ou telle chose/personne ?

    Sébastien : En fait, je comprends le fait que le moi soit une illusion. Mais c'est quand je lis "réaliser l'éveil, c'est voir qu'il n'y a personne", je suis bloqué sur le "il n'y a personne". Beaucoup disent cela mais sans apporter plus d'explications, de détails....et j'aimerais un approfondissement.
    De plus, celui qui réalise et qui voit donc "qu'il n'y a personne", et bien celui-ci est bien là pour constater, voir cela.....

    Suyin : « Il n’y a personne » signifie qu’il n’y a pas d’auteur aux pensées ni aux actions. Pas d’individu au centre ou aux commandes de l’organisme. L’organisme corps/mental s’auto-gère, sans personne au contrôle. Le cœur bat spontanément, les poumons respirent spontanément, et de la même manière le cerveau produit des pensées spontanément. Il n’y a pas de penseur, pas de « faiseur ».
    Il y a constat et réalisation de cela mais "par personne", et cela est difficile à comprendre intellectuellement.
    C'est la conscience qui constate, qui réalise, qui sort du rêve, qui cesse de s’identifier à un individu illusoire. La conscience n'est pas quelqu'un, n'est pas une personne, c'est le fait d'être conscient, c'est la vision impersonnelle. La vision, le fait de voir, n'est pas un individu, c'est un fait.

    Sébastien : Oui on est Conscience... pas comme dans le sens d'être une personne, cela va au-dessus ... n'est ce pas ?

    Suyin : Oui, dans le sens d'un espace qui perçoit... Et en lequel ce qui est perçu apparaît (le corps, les sensations, les pensées, l'idée d'un moi...)
    Peut-être que ce qui pourrait vous aider c'est de mettre votre attention sur ce qui observe / constate / perçoit le sentiment d'un moi, et de vérifier si cet espace qui perçoit a le sentiment d'être un moi séparé, ou si cette notion à ce niveau perd son sens...
    C'est l'intérêt de l'investigation. Pas seulement comprendre mentalement, mais retourner l'attention vers elle-même et explorer comment c'est, goûter cela, vérifier comment les questions du mental résonnent dans cet espace...
    Et aussi, aller au bout du questionnement pour constater la complète impuissance du mental à comprendre peut être une voie d'accès...

    Sébastien : Dans votre livre, vous écrivez :
    P.40 -"La conscience ne sait pas ce qu'elle est elle-même, elle est simplement conscience d'elle même..."
    >et c'est ça oui, elle est conscience = conscience d'elle même. Et à mon avis, elle se sait être cela
    P.123-"La conscience d'être peut ne pas être, mais être est toujours"
    >Pour ma part, je ne pense pas ainsi, à moins que je l'interprète mal. En effet, à notre niveau "relatif", identifié, la conscience d'être peut ne pas être. Mais dans l'absolu, au niveau ultime, de ce qui est réellement, Etre = Conscience. Et Conscience = Etre. Ils sont indissociables.
    D'ailleurs, quel serait l'intérêt d'être s'il n'y en a pas de conscience. Etre sans conscience, c'est comme ne pas être. Qu'en pensez vous ? Suis je à côté ?

    Suyin : Oui, c'est ce que j'ai voulu dire.
    Au niveau relatif, la conscience d'être peut ne pas être (on peut vivre sans conscientiser le fait d'être)
    Et au niveau absolu, Etre est conscience d'être.
    La perception (qui est conscience), peut ne pas être consciente d'elle-même quand elle est focalisée sur les objets, ou bien elle peut se tourner vers elle-même et conscientiser son êtreté.

    Vous dites : "Etre sans conscience, c'est comme ne pas être. " Oui, et d'une certaine façon, c'est ce que vivent la plupart des gens, et ils passent leur temps à chercher à se sentir exister, à travers le regard des autres ou des expériences intenses. Alors qu'ils existent déjà, mais ils n'ont pas appris à tourner leur attention vers ce simple fait, qui est pourtant une évidence ! D'où les enseignements de Ramana Maharshi ou Nisargadatta Maharaj qui préconisent de rester avec le sentiment "Je suis".