• Dialogue : Toute posture est une imposture

    Toute posture est une imposture

     

    Question : Tous les enseignements que j'ai lu, dans des traditions différentes avec les mots liés à la culture et la religion de ces traditions ( Enseignements du Bouddha, de Nissargadatta, de Ramana Marharshi, de Ma Anandamayi, de Maître Eckart, d'Attar...) confirme ces expériences que j'ai vécu et j'en suis tellement ému et heureux !

    Cependant, malgré l'empreinte profonde qu'elles laissent, ces expériences sont assez fugaces et sont favorisées par le contexte d'une retraite de méditation, l'égo, le personnage, les habitudes mentales reprennent rapidement leur place.

    J'ai bien compris que le personnage (l'ego) ne doit bien entendu pas chercher quoi que ce soit, mais qu'il faut finalement partir du silence que nous sommes (ce dont parle Jean Klein), rester dans ce silence et reposer sur l'expérience, « être avec », «  faire un avec ».

    Alors je continu à pratiquer sans chercher à retrouver quoi que ce soit, cependant les automatismes sont coriaces, y-a-t-il selon vous, un moment où la bascule se fait, ou l'on reste totalement dans la perception que je vous aie décrite ? Qu'en est-il pour vous ?

     

    Suyin : Rester en permanence dans cet état ne dépend pas de notre volonté, cela semble se produire pour certains mais je pense que c'est rare.  Adyashanti que j'aime beaucoup dit que rien n'est jamais acquis, selon lui une bascule définitive n'existe pas. Et il n'est pas le seul à le dire. Combien ont cru y être, ça a duré quelques mois ou années et puis l'état duel est revenu?

    Je crois qu'il est urgent de briser ce mythe, car c'est la dernière chose qui empêche la réalisation : l'attachement à la réalisation ;)

    Je ne vis pas l'état non duel en permanence. Il peut se produire parfois spontanément, ou grâce à la méditation. Je "connais le geste" comme dit Stéphane Jourdain, mais ça ne s'installe pas de façon définitive. Et j'ai dû apprendre à ne pas m'y attacher, à trouver la paix sans condition y compris celle-ci. J'aime cette phrase d'Yvan Amar : "l'éveil est la fluidité de l'éveil et du non-éveil"

    Qu'est-ce qui vit tout état et n'a pas de préférence ? Reconnaître Ce qui est Présent à chaque instant et jamais n'apparaît ni ne disparaît quel que soit l'état de conscience qui est vécu, ancre une paix profonde qui est rarement troublée, même par le mode duel.

    Une joie profonde d'être et même de vivre l'expérience duelle parfume chaque instant de mon quotidien, et quand parfois elle semble se ternir, il suffit que je tende l'oreille (ou les narines :) ) pour la retrouver. Je vis ce que Lee Lozovitch appelle "la dualité illuminée", et c'est déjà en soi tellement merveilleux !

    Plus ça va, plus s'installe un lâcher prise et un accueil de Ce qui est, tel que c'est.

    Voilà ce que je peux dire.

    Un conseil : médite sur cette phrase "toute posture est une imposture". Que reste-t-il si tu n'essaie pas d'être dans un état, quel qu'il soit, si tu n'essaies rien, si tu n'adoptes aucune posture intérieure, aucune tentative, aucune prise de position, pas même celle de lâcher prise?....